Le sergent alla chercher le cheval et les hommes. Monck, resté seul avec Athos, affecta de ne plus lui parler que de choses indifférentes, tout en examinant distraitement le caveau. Puis, entendant le pas du cheval:

— Je vous laisse avec vos hommes, monsieur, dit-il, et retourne au camp. Vous êtes en sûreté.

— Je vous reverrai donc, milord? demanda Athos.

— C’est chose dite, monsieur, et avec grand plaisir.

Monck tendit la main à Athos.

— Ah! milord, si vous vouliez! murmura Athos.

— Chut! monsieur, dit Monck, il est convenu que nous ne parlerons plus de cela.

Et, saluant Athos, il remonta, croisant au milieu de l’escalier ses hommes qui descendaient. Il n’avait pas fait vingt pas hors de l’abbaye, qu’un petit coup de sifflet lointain et prolongé se fit entendre. Monck dressa l’oreille; mais ne voyant plus rien, il continua sa route. Alors, il se souvint du pêcheur et le chercha des yeux, mais le pêcheur avait disparu. S’il eût cependant regardé avec plus d’attention qu’il ne le fit, il eût vu cet homme courbé en deux, se glissant comme un serpent le long des pierres et se perdant au milieu de la brume, rasant la surface du marais; il eût vu également, essayant de percer cette brume, un spectacle qui eût attiré son attention: c’était la mâture de la barque du pêcheur qui avait changé de place, et qui se trouvait alors au plus près du bord de la rivière. Mais Monck ne vit rien et, pensant n’avoir rien à craindre, il s’engagea sur la chaussée déserte qui conduisait à son camp. Ce fut alors que cette disparition du pêcheur lui parut étrange, et qu’un soupçon réel commença d’assiéger son esprit. Il venait de mettre aux ordres d’Athos le seul poste qui pût le protéger. Il avait un mille de chaussée à traverser pour regagner son camp.

Le brouillard montait avec une telle intensité, qu’à peine pouvait-on distinguer les objets à une distance de dix pas.

Monck crut alors entendre comme le bruit d’un aviron qui battait sourdement le marais à sa droite.