— Vous m’avez fait tout à l’heure un douloureux reproche, monsieur, continua le roi. Vous avez dit qu’un de mes émissaires était allé à Newcastle vous dresser une embûche, et, cela, par parenthèse, n’aura pas été compris par M. d’Artagnan que voici, et auquel, avant toute chose, je dois des remerciements bien sincères pour son généreux, pour son héroïque dévouement.

D’Artagnan salua avec respect. Monck ne sourcilla point.

— Car M. d’Artagnan, et remarquez bien, monsieur Monck, que je ne vous dis pas ceci pour m’excuser, car M. d’Artagnan, continua le roi, est allé en Angleterre de son propre mouvement, sans intérêt, sans ordre, sans espoir, comme un vrai gentilhomme qu’il est, pour rendre service à un roi malheureux et pour ajouter un beau fait de plus aux illustres actions d’une existence si bien remplie.

D’Artagnan rougit un peu et toussa pour se donner une contenance. Monck ne bougea point.

— Vous ne croyez pas à ce que je vous dis, monsieur Monck? reprit le roi. Je comprends cela: de pareilles preuves de dévouement sont si rares, que l’on pourrait mettre en doute leur réalité.

— Monsieur aurait bien tort de ne pas vous croire, Sire, s’écria d’Artagnan, car ce que Votre Majesté vient de dire est l’exacte vérité, et la vérité si exacte, qu’il paraît que j’ai fait, en allant trouver le général, quelque chose qui contrarie tout. En vérité, si cela est ainsi, j’en suis au désespoir.

— Monsieur d’Artagnan, s’écria le roi en prenant la main du mousquetaire, vous m’avez plus obligé, croyez-moi, que si vous eussiez fait réussir ma cause, car vous m’avez révélé un ami inconnu auquel je serai à jamais reconnaissant, et que j’aimerai toujours.

Et le roi lui serra cordialement la main.

— Et, continua-t-il en saluant Monck, un ennemi que j’estimerai désormais à sa valeur.

Les yeux du puritain lancèrent un éclair, mais un seul, et son visage, un instant illuminé par cet éclair, reprit sa sombre impassibilité.