— Bien. D’un homme comme vous, un mot suffit. D’ailleurs, à côté du mot, il y a les actions. Général, veuillez me suivre. Venez avec nous, monsieur d’Artagnan.

D’Artagnan, assez surpris, s’apprêta à obéir. Charles II sortit, Monck le suivit, d’Artagnan suivit Monck. Charles prit la route que d’Artagnan avait suivie pour venir à lui; bientôt l’air frais de la mer vint frapper le visage des trois promeneurs nocturnes, et, à cinquante pas au-delà d’une petite porte que Charles ouvrit, ils se retrouvèrent sur la dune, en face de l’océan qui, ayant cessé de grandir, se reposait sur la rive comme un monstre fatigué. Charles II, pensif, marchait la tête baissée et la main sous son manteau.

Monck le suivait, les bras libres et le regard inquiet.

D’Artagnan venait ensuite, le poing sur le pommeau de son épée.

— Où est le bateau qui vous a amenés, messieurs? dit Charles au mousquetaire.

— Là-bas, Sire; j’ai sept hommes et un officier qui m’attendent dans cette petite barque qui est éclairée par un feu.

— Ah! oui, la barque est tirée sur le sable, et je la vois; mais vous n’êtes certainement pas venu de Newcastle sur cette barque?

— Non pas, Sire, j’avais frété à mon compte une felouque qui a jeté l’ancre à portée de canon des dunes. C’est dans cette felouque que nous avons fait le voyage.

— Monsieur, dit le roi à Monck, vous êtes libre.

Monck, si ferme de volonté qu’il fût, ne put retenir une exclamation. Le roi fit de la tête un mouvement affirmatif et continua: