— Enfin, de qui s’agit-il donc? demanda Monck, qui commençait à s’impatienter.

— Il s’agit du roi, qui jamais ne retiendra sa langue.

— Eh bien! quand il parlerait, au bout du compte? dit Monck en balbutiant.

— Milord, reprit d’Artagnan, ne dissimulez pas, je vous en supplie, avec un homme qui parle aussi franchement que je le fais. Vous avez le droit de hérisser votre susceptibilité, si bénigne qu’elle soit. Que diable! ce n’est pas la place d’un homme sérieux comme vous, d’un homme qui joue avec des couronnes et des sceptres comme un bohémien avec des boules; ce n’est pas la place d’un homme sérieux, disais-je, que d’être enfermé dans une boîte, ainsi qu’un objet curieux d’histoire naturelle; car enfin, vous comprenez, ce serait pour faire crever de rire tous vos ennemis, et vous êtes si grand, si noble, si généreux, que vous devez en avoir beaucoup. Ce secret pourrait faire crever de rire la moitié du genre humain si l’on vous représentait dans cette boîte. Or, il n’est pas décent que l’on rie ainsi du second personnage de ce royaume.

Monck perdit tout à fait contenance à l’idée de se voir représenté dans sa boîte.

Le ridicule, comme l’avait judicieusement prévu d’Artagnan, faisait sur lui ce que ni les hasards de la guerre, ni les désirs de l’ambition, ni la crainte de la mort n’avaient pu faire.

«Bon! pensa le Gascon, il a peur; je suis sauvé.»

— Oh! quant au roi, dit Monck, ne craignez rien, cher monsieur d’Artagnan, le roi ne plaisantera pas avec Monck, je vous jure!

L’éclair de ses yeux fut intercepté au passage par d’Artagnan. Monck se radoucit aussitôt.

— Le roi, continua-t-il, est d’un trop noble naturel, le roi a un cœur trop haut placé pour vouloir du mal à qui lui fait du bien.