— C’est vrai! s’écria-t-on en chœur.
— Messieurs, dit alors d’Artagnan, voici la dernière consigne. Le traité de commerce a été conclu, grâce à ce coup de main qui nous a rendus maîtres du plus habile financier de l’Angleterre; car à présent, je dois vous l’avouer, l’homme qu’il s’agissait d’enlever, c’était le trésorier du général Monck.
Ce mot de trésorier produisit un certain effet dans son armée. D’Artagnan remarqua que les yeux du seul Menneville ne témoignaient pas d’une foi parfaite.
— Ce trésorier, continua d’Artagnan, je l’ai emmené sur un terrain neutre, la Hollande; je lui ai fait signer le traité, je l’ai reconduit moi-même à Newcastle, et, comme il devait être satisfait de nos procédés à son égard, comme le coffre de sapin avait été porté toujours sans secousses et rembourré moelleusement, j’ai demandé pour vous une gratification. La voici.
Il jeta un sac assez respectable sur la nappe. Tous étendirent involontairement la main.
— Un moment, mes agneaux, dit d’Artagnan; s’il y a les bénéfices, il y a aussi les charges.
— Oh! oh! murmura l’assemblée.
— Nous allons nous trouver, mes amis, dans une position qui ne serait pas tenable pour des gens sans cervelle; je parle net: nous sommes entre la potence et la Bastille.
— Oh! oh! dit le chœur.
— C’est aisé à comprendre. Il a fallu expliquer au général Monck la disparition de son trésorier; j’ai attendu pour cela le moment fort inespéré de la restauration du roi Charles II, qui est de mes amis...