— N’est-il pas bien entendu que nous nous reverrons?

— Si vous restez à Paris, oui; car j’y reste, moi.

— Non. Après avoir embrassé Raoul, à qui j’ai fait donner rendez-vous chez moi, dans l’hôtel, je pars immédiatement pour La Fère.

— Eh bien! adieu, alors, cher et parfait ami.

— Au revoir plutôt, car enfin je ne sais pas pourquoi vous ne viendriez pas habiter avec moi à Blois. Vous voilà libre, vous voilà riche; je vous achèterai, si vous voulez, un beau bien dans les environs de Cheverny ou dans ceux de Bracieux. D’un côté, vous aurez les plus beaux bois du monde, qui vont rejoindre ceux de Chambord; de l’autre, des marais admirables. Vous qui aimez la chasse, et qui, bon gré mal gré, êtes poète, cher ami, vous trouverez des faisans, des râles et des sarcelles, sans compter des couchers de soleil et des promenades en bateau à faire rêver Nemrod et Apollon eux-mêmes. En attendant l’acquisition, vous habiterez La Fère, et nous irons voler la pie dans les vignes, comme faisait le roi Louis XIII. C’est un sage plaisir pour des vieux comme nous.

D’Artagnan prit les mains d’Athos.

— Cher comte, lui dit-il, je ne vous dis ni oui ni non. Laissez-moi passer à Paris le temps indispensable pour régler toutes mes affaires et m’accoutumer peu à peu à la très lourde et très reluisante idée qui bat dans mon cerveau et m’éblouit. Je suis riche, voyez-vous, et d’ici à ce que j’aie pris l’habitude de la richesse, je me connais, je serai un animal insupportable. Or, je ne suis pas encore assez bête pour manquer d’esprit devant un ami tel que vous, Athos. L’habit est beau, l’habit est richement doré, mais il est neuf, et me gêne aux entournures.

Athos sourit.

— Soit, dit-il. Mais à propos de cet habit, cher d’Artagnan, voulez-vous que je vous donne un conseil?

— Oh! très volontiers.