— Vous ne vous fâcherez point?

— Allons donc!

— Quand la richesse arrive à quelqu’un, tard et tout à coup, ce quelqu’un, pour ne pas changer, doit se faire avare, c’est-à-dire ne pas dépenser beaucoup plus d’argent qu’il n’en avait auparavant, ou se faire prodigue, et avoir tant de dettes qu’il redevienne pauvre.

— Oh! mais, ce que vous me dites là ressemble fort à un sophisme, mon cher philosophe.

— Je ne crois pas. Voulez-vous devenir avare?

— Non, parbleu! Je l’étais déjà, n’ayant rien. Changeons.

— Alors, soyez prodigue.

— Encore moins, mordioux! les dettes m’épouvantent. Les créanciers me représentent par anticipation ces diables qui retournent les damnés sur le gril, et comme la patience n’est pas ma vertu dominante, je suis toujours tenté de rosser les diables.

— Vous êtes l’homme le plus sage que je connaisse, et vous n’avez de conseils à recevoir de personne. Bien fous ceux qui croiraient avoir quelque chose à vous apprendre! Mais ne sommes-nous pas à la rue Saint-Honoré?

— Oui, cher Athos.