— Ah! répliqua d’Artagnan avec un sourire mélancolique; ah! mon pauvre Planchet, dois-je boire encore du bon vin?
— Voyons, mon cher maître, dit Planchet en faisant un effort surhumain, tandis que tous ses muscles contractés, sa pâleur et son tremblement décelaient la plus vive angoisse. Voyons, j’ai été soldat, par conséquent j’ai du courage; ne me faites donc pas languir, cher monsieur d’Artagnan: notre argent est perdu, n’est-ce pas?
D’Artagnan prit, avant de répondre, un temps qui parut un siècle au pauvre épicier.
Cependant il n’avait fait que de se retourner sur sa chaise.
— Et si cela était, dit-il avec lenteur et en balançant la tête du haut en bas, que dirais-tu, mon pauvre ami?
Planchet, de pâle qu’il était, devint jaune. On eût dit qu’il allait avaler sa langue, tant son gosier s’enflait, tant ses yeux rougissaient.
— Vingt mille livres! murmura-t-il, vingt mille livres, cependant!...
D’Artagnan, le cou détendu, les jambes allongées, les mains paresseuses, ressemblait à une statue du découragement; Planchet arracha un douloureux soupir des cavités les plus profondes de sa poitrine.
— Allons, dit-il, je vois ce qu’il en est. Soyons hommes. C’est fini, n’est-ce pas? Le principal, monsieur, est que vous ayez sauvé votre vie.
— Sans doute, sans doute, c’est quelque chose que la vie; mais, en attendant, je suis ruiné, moi.