— Cordieu! monsieur, dit Planchet, s’il en est ainsi, il ne faut point se désespérer pour cela; vous vous mettrez épicier avec moi; je vous associe à mon commerce; nous partagerons les bénéfices, et quand il n’y aura plus de bénéfices, eh bien! nous partagerons les amandes, les raisins secs et les pruneaux, et nous grignoterons ensemble le dernier quartier de fromage de Hollande.

D’Artagnan ne put y résister plus longtemps.

— Mordioux! s’écria-t-il tout ému, tu es un brave garçon, sur l’honneur, Planchet! Voyons, tu n’as pas joué la comédie? Voyons, tu n’avais pas vu là-bas dans la rue, sous l’auvent, le cheval aux sacoches?

— Quel cheval? quelles sacoches? dit Planchet, dont le cœur se serra à l’idée que d’Artagnan devenait fou.

— Eh! les sacoches anglaises, mordioux! dit d’Artagnan tout radieux, tout transfiguré.

— Ah! mon Dieu! articula Planchet en se reculant devant le feu éblouissant de ses regards.

— Imbécile! s’écria d’Artagnan, tu me crois fou. Mordioux! jamais, au contraire, je n’ai eu la tête plus saine et le cœur plus joyeux. Aux sacoches, Planchet, aux sacoches!

— Mais à quelles sacoches, mon Dieu?

D’Artagnan poussa Planchet vers la fenêtre.

— Sous l’auvent, là-bas, lui dit-il, vois-tu un cheval?