Mazarin fronça le sourcil.
— Annoncer au roi de France, poursuivit imperturbablement Athos, l’heureuse restauration de Sa Majesté Charles II sur le trône de ses pères.
Cette nuance n’échappa point à la rusée Éminence. Mazarin avait trop l’habitude des hommes pour ne pas voir, dans la politesse froide et presque hautaine d’Athos, un indice d’hostilité qui n’était pas la température ordinaire de cette serre chaude qu’on appelle la cour.
— Vous avez ses pouvoirs, sans doute? demanda Mazarin d’un ton bref et querelleur.
— Oui... monseigneur.
Ce mot: «Monseigneur» sortit péniblement des lèvres d’Athos; on eût dit qu’il les écorchait.
— En ce cas, montrez-les.
Athos tira d’un sachet de velours brodé qu’il portait sous son pourpoint une dépêche. Le cardinal étendit la main.
— Pardon, monseigneur, dit Athos; mais ma dépêche est pour le roi.
— Puisque vous êtes français, monsieur, vous devez savoir ce qu’un Premier ministre vaut à la cour de France.