— Monsieur le cardinal, répondit Athos, permettez-moi de ne pas entrer dans des considérations de cet ordre. J’ai une mission à remplir... me faciliterez-vous les moyens de remplir cette mission?

— Je m’étonne, dit Mazarin, tout joyeux d’avoir retrouvé la mémoire, et tout hérissé de pointes malicieuses; je m’étonne, monsieur... Athos... qu’un frondeur tel que vous ait accepté une mission près du Mazarin, comme on disait dans le bon temps.

Et Mazarin se mit à rire, malgré une toux douloureuse qui coupait chacune de ses phrases et qui en faisait des sanglots.

— Je n’ai accepté de mission qu’auprès du roi de France, monsieur le cardinal, riposta le comte avec moins d’aigreur cependant, car il croyait avoir assez d’avantages pour se montrer modéré.

— Il faudra toujours, monsieur le frondeur, dit Mazarin gaiement, que, du roi, l’affaire dont vous vous êtes chargé...

— Dont on m’a chargé, monseigneur, je ne cours pas après les affaires.

— Soit! il faudra, dis-je, que cette négociation passe un peu par mes mains... Ne perdons pas un temps précieux... dites-moi les conditions.

— J’ai eu l’honneur d’assurer à Votre Éminence que la lettre seule de Sa Majesté le roi Charles II contenait la révélation de son désir.

— Tenez! vous êtes ridicule avec votre roideur, monsieur Athos. On voit que vous vous êtes frotté aux puritains de là-bas... Votre secret, je le sais mieux que vous, et vous avez eu tort, peut-être, de ne pas avoir quelques égards pour un homme très vieux et très souffrant, qui a beaucoup travaillé dans sa vie et tenu bravement la campagne pour ses idées, comme vous pour les vôtres... Vous ne voulez rien dire? bien; vous ne voulez pas me communiquer votre lettre?... à merveille; venez avec moi dans ma chambre, vous allez parler au roi... et devant le roi... Maintenant, un dernier mot: Qui donc vous a donné la Toison? Je me rappelle que vous passiez pour avoir la Jarretière; mais quant à la Toison, je ne savais pas...

— Récemment, monseigneur, l’Espagne, à l’occasion du mariage de Sa Majesté Louis XIV, a envoyé au roi Charles II un brevet de la Toison en blanc; Charles II me l’a transmis aussitôt, en remplissant le blanc avec mon nom.