Mazarin se leva, et, s’appuyant sur le bras de Bernouin, il rentra dans sa ruelle, au moment où l’on annonçait dans la chambre: «Monsieur le prince!»
Le prince de Condé, le premier prince du sang, le vainqueur de Rocroy, de Lens et de Nordlingen, entrait en effet chez Mgr de Mazarin, suivi de ses gentilshommes, et déjà il saluait le roi, quand le Premier ministre souleva son rideau.
Athos eut le temps d’apercevoir Raoul serrant la main du comte de Guiche, et d’échanger un sourire contre son respectueux salut. Il eut le temps de voir aussi la figure rayonnante du cardinal, lorsqu’il aperçut devant lui, sur la table, une masse énorme d’or que le comte de Guiche avait gagnée, par une heureuse veine, depuis que Son Éminence lui avait confié les cartes. Aussi, oubliant ambassadeur, ambassade et prince, sa première pensée fut-elle pour l’or.
— Quoi! s’écria le vieillard, tout cela... de gain?
— Quelque chose comme cinquante mille écus; oui, monseigneur, répliqua le comte de Guiche en se levant. Faut-il que je rende la place à Votre Éminence ou que je continue?
— Rendez, rendez! Vous êtes un fou. Vous reperdriez tout ce que vous avez gagné, peste!
— Monseigneur, dit le prince de Condé en saluant.
— Bonsoir, monsieur le prince, dit le ministre d’un ton léger; c’est bien aimable à vous de rendre visite à un ami malade.
— Un ami!... murmura le comte de La Fère en voyant avec stupeur cette alliance monstrueuse de mots; ami! lorsqu’il s’agit de Mazarin et de Condé.
Mazarin devina la pensée de ce frondeur, car il lui sourit avec triomphe, et tout aussitôt: