Bernouin, effaré, courut au cabinet donner un ordre, et le piqueur qui courut chercher le médecin croisa le carrosse du roi dans la rue Saint-Honoré.

Chapitre XLIII — Guénaud

L’ordre du cardinal était pressant: Guénaud ne se fit pas attendre.

Il trouva son malade renversé sur le lit, les jambes enflées, livide, l’estomac comprimé. Mazarin venait de subir une rude attaque de goutte. Il souffrait cruellement et avec l’impatience d’un homme qui n’a pas l’habitude des résistances. À l’arrivée de Guénaud:

— Ah! dit-il, me voilà sauvé!

Guénaud était un homme fort savant et fort circonspect, qui n’avait pas besoin des critiques de Boileau pour avoir de la réputation. Lorsqu’il était en face de la maladie, fût-elle personnifiée dans un roi, il traitait le malade de Turc à More. Il ne répliqua donc pas à Mazarin comme le ministre s’y attendait: «Voilà le médecin; adieu la maladie!» Tout au contraire, examinant le malade d’un air fort grave:

— Oh! oh! dit-il.

— Eh quoi! Guénaud?... Quel air vous avez!

— J’ai l’air qu’il faut pour voir votre mal, monseigneur, et un mal fort dangereux.

— La goutte... Oh! oui, la goutte.