— Patience, monseigneur, dit Colbert.

— Es-tu fou, malheureux! tu me conseilles la patience! Oh! en vérité, Colbert, tu te moques de moi: je meurs, et tu me cries d’attendre!

— Monseigneur, dit Colbert avec son sang-froid habituel, il est impossible que les choses n’arrivent pas comme je l’ai dit. Sa Majesté vient vous voir, c’est qu’elle vous rapporte elle-même la donation.

— Tu crois, toi? Eh bien! moi, au contraire, je suis sûr que Sa Majesté vient pour me remercier.

Anne d’Autriche rentra en ce moment; en se rendant près de son fils, elle avait rencontré dans les antichambres un nouvel empirique. Il était question d’une poudre qui devait sauver le cardinal. Anne d’Autriche apportait un échantillon de cette poudre. Mais ce n’était point cela que Mazarin attendait, aussi ne voulait-il pas même jeter les yeux dessus, assurant que la vie ne valait point toutes les peines qu’on prenait pour la conserver. Mais, tout en proférant cet axiome philosophique, son secret, si longtemps contenu, lui échappa enfin.

— Là, madame, dit-il, là n’est point l’intéressant de la situation; j’ai fait au roi, voici tantôt deux jours, une petite donation; jusqu’ici, par délicatesse sans doute, Sa Majesté n’en a point voulu parler; mais le moment arrive des explications et je supplie Votre Majesté de me dire si le roi a quelques idées sur cette matière.

Anne d’Autriche fit un mouvement pour répondre: Mazarin l’arrêta.

— La vérité, madame, dit-il; au nom du Ciel, la vérité! Ne flattez pas un mourant d’un espoir qui serait vain.

Là, il arrêta un regard de Colbert lui disant qu’il allait faire fausse route.

— Je sais, dit Anne d’Autriche, en prenant la main du cardinal; je sais que vous avez fait généreusement, non pas une petite donation, comme vous dites avec tant de modestie, mais un don magnifique; je sais combien il vous serait pénible que le roi...