Mazarin écoutait, tout mourant qu’il était, comme dix vivants n’eussent pu le faire.

— Que le roi? reprit-il.

— Que le roi, continua Anne d’Autriche, n’acceptât point de bon cœur ce que vous offrez si noblement.

Mazarin se laissa retomber sur l’oreiller comme Pantalon, c’est-à-dire avec tout le désespoir de l’homme qui s’abandonne au naufrage, mais il conserva encore assez de force et de présence d’esprit pour jeter à Colbert un de ces regards qui valent bien dix sonnets, c’est-à-dire dix longs poèmes.

— N’est-ce pas, ajouta la reine, que vous eussiez considéré le refus du roi comme une sorte d’injure?

Mazarin roula sa tête sur l’oreiller sans articuler une seule syllabe.

La reine se trompa, ou feignit de se tromper, à cette démonstration.

— Aussi, reprit-elle, je l’ai circonvenu par de bons conseils, et comme certains esprits, jaloux sans doute de la gloire que vous allez acquérir par cette générosité, s’efforçaient de prouver au roi qu’il devait refuser cette donation, j’ai lutté en votre faveur, et lutté si bien, que vous n’aurez pas, je l’espère, cette contrariété à subir.

— Oh! murmura Mazarin avec des yeux languissants, ah! que voilà un service que je n’oublierai pas une minute, pendant le peu d’heures qui me restent à vivre!

— Au reste, je dois le dire, continua Anne d’Autriche, ce n’est point sans peine que je l’ai rendu à Votre Éminence.