— D’ailleurs, mon ami, vous auriez tort, ce que je voulais vous dire...

— Je le sais bien, monsieur; vous voulez me demander si je n’ai pas été à Blois.

— Précisément.

— Je n’y suis pas allé; je n’ai même pas aperçu la personne dont vous voulez me parler.

La voix de Raoul tremblait en prononçant ces paroles. Athos, souverain juge en toute délicatesse, ajouta aussitôt:

— Raoul, vous répondez avec un sentiment pénible; vous souffrez.

— Beaucoup, monsieur; vous m’avez défendu d’aller à Blois et de revoir Mlle de La Vallière.

Ici le jeune homme s’arrêta. Ce doux nom, si charmant à prononcer, déchirait son cœur en caressant ses lèvres.

— Et j’ai bien fait, Raoul, se hâta de dire Athos. Je ne suis pas un père barbare ni injuste; je respecte l’amour vrai; mais je pense pour vous à un avenir... à un immense avenir. Un règne nouveau va luire comme une aurore; la guerre appelle le jeune roi plein d’esprit chevaleresque. Ce qu’il faut à cette ardeur héroïque, c’est un bataillon de lieutenants jeunes et libres, qui courent aux coups avec enthousiasme et tombent en criant: «Vive le roi!» au lieu de crier: «Adieu, ma femme!...» Vous comprenez cela, Raoul. Tout brutal que paraisse être mon raisonnement, je vous adjure donc de me croire et de détourner vos regards de ces premiers jours de jeunesse où vous prîtes l’habitude d’aimer, jours de molle insouciance qui attendrissent le cœur et le rendent incapable de contenir ces fortes liqueurs amères qu’on appelle la gloire et l’adversité. Ainsi, Raoul, je vous le répète, voyez dans mon conseil le seul désir de vous être utile, la seule ambition de vous voir prospérer. Je vous crois capable de devenir un homme remarquable; marchez seul, vous marcherez mieux et plus vite.

— Vous avez commandé, monsieur, répliqua Raoul, j’obéis.