— Commandé! s’écria Athos. Est-ce ainsi que vous me répondez! Je vous ai commandé! Oh! vous détournez mes paroles, comme vous méconnaissez mes intentions! je n’ai pas commandé, j’ai prié.
— Non pas, monsieur, vous avez commandé, dit Raoul avec opiniâtreté... mais n’eussiez-vous fait qu’une prière, votre prière est encore plus efficace qu’un ordre. Je n’ai pas revu Mlle de La Vallière.
— Mais vous souffrez! vous souffrez! insista Athos.
Raoul ne répondit pas.
— Je vous trouve pâli, je vous trouve attristé... Ce sentiment est donc bien fort!
— C’est une passion, répliqua Raoul.
— Non... une habitude.
— Monsieur, vous savez que j’ai voyagé beaucoup, que j’ai passé deux ans loin d’elle... Toute habitude se peut rompre en deux années, je crois... Eh bien! au retour, j’aimais, non pas davantage, c’est impossible, mais autant. Mlle de La Vallière est pour moi la compagne par excellence; mais vous êtes pour moi Dieu sur la terre... À vous je sacrifierai tout.
— Vous auriez tort, dit Athos; je n’ai plus aucun droit sur vous. L’âge vous a émancipé; vous n’avez plus même besoin de mon consentement. D’ailleurs, le consentement, je ne le refuserai pas, après tout ce que vous venez de me dire. Épousez Mlle de La Vallière, si vous le voulez.
Raoul fit un mouvement, puis soudain: