— Mordioux! grommela d’Artagnan, c’est beau!
— Monsieur Colbert, ajouta le roi, vous traverserez, je vous prie, la galerie où M. de Lyonne attend, et vous lui direz d’apporter ce qu’il a rédigé... par mon ordre.
— À l’instant même, Sire. Votre Majesté n’a plus besoin de moi ce soir?
— Non, monsieur; adieu!
Colbert sortit.
— Revenons à notre affaire, monsieur d’Artagnan, reprit Louis XIV, comme si rien ne s’était passé. Vous voyez que, quant à l’argent, il y a déjà un changement notable.
— Comme de zéro à dix-huit, répliqua gaiement le mousquetaire. Ah! voilà ce qu’il eût fallu à Votre Majesté, le jour où Sa Majesté Charles II vint à Blois. Les deux États ne seraient point en brouille aujourd’hui, car, il faut bien que je le dise, là aussi je vois une pierre d’achoppement.
— Et d’abord, riposta Louis, vous êtes injuste, monsieur; car si la Providence m’eût permis de donner ce jour-là le million à mon frère, vous n’eussiez pas quitté mon service, et, par conséquent, vous n’eussiez pas fait votre fortune... comme vous disiez tout à l’heure... Mais, outre ce bonheur, j’en ai un autre, et ma brouille avec la Grande-Bretagne ne doit pas vous étonner.
Un valet de chambre interrompit le roi et annonça M. de Lyonne.
— Entrez, monsieur, dit le roi; vous êtes exact, c’est d’un bon serviteur. Voyons votre lettre à mon frère Charles II.