— Hélas! milord, il m’a envoyé quatre cavaliers qui m’ont donné le cheval sur lequel vous m’avez vu revenir. Ces cavaliers m’ont conduit toujours courant jusqu’au petit port de Tenby, m’ont jeté plutôt qu’embarqué sur un bateau de pêche qui faisait voile vers la Bretagne et me voici.

— Oh! soupira le jeune homme en serrant convulsivement de sa main nerveuse sa gorge, où montait un sanglot... Parry, c’est tout, c’est bien tout?

— Oui, milord, c’est tout!

Il y eut après cette brève réponse de Parry un long intervalle de silence; on n’entendait que le bruit du talon de ce jeune homme tourmentant le parquet avec furie.

Le vieillard voulut tenter de changer la conversation.

— Milord, dit-il, quel est donc tout ce bruit qui me précédait? Quels sont ces gens qui crient: «Vive le roi!»... De quel roi est-il question, et pourquoi toutes ces lumières?

— Ah! Parry, tu ne sais pas, dit ironiquement le jeune homme, c’est le roi de France qui visite sa bonne ville de Blois; toutes ces trompettes sont à lui, toutes ces housses dorées sont à lui, tous ces gentilshommes ont des épées qui sont à lui. Sa mère le précède dans un carrosse magnifiquement incrusté d’argent et d’or! Heureuse mère! Son ministre lui amasse des millions et le conduit à une riche fiancée. Alors tout ce peuple est joyeux, il aime son roi, il le caresse de ses acclamations, et il crie: «Vive le roi! vive le roi!»

— Bien! bien! milord, dit Parry, plus inquiet de la tournure de cette nouvelle conversation que de l’autre.

— Tu sais, reprit l’inconnu, que ma mère à moi, que ma sœur, tandis que tout cela se passe en l’honneur du roi Louis XIV, n’ont plus d’argent, plus de pain; tu sais que, moi, je serai misérable et honni dans quinze jours, quand toute l’Europe apprendra ce que tu viens de me raconter!... Parry... Y a-t-il des exemples qu’un homme de ma condition se soit...

— Milord, au nom du Ciel!