— Que dites-vous là?

— Je dis que votre sommelier n’avait pas de vins pour tous les goûts, monsieur, et que M. de La Fontaine, M. Pellisson et M. Conrart ne boivent pas quand ils viennent à la maison. Ces messieurs n’aiment pas le grand vin: que voulez-vous y faire?

— Et alors?

— Alors, j’ai ici un vin de Joigny qu’ils affectionnent. Je sais qu’ils le viennent boire à l’Image-de-Notre-Dame une fois par semaine. Voilà pourquoi je fais ma provision.

Fouquet n’avait plus rien à dire... Il était presque ému.

Vatel, lui, avait encore beaucoup à dire sans doute, et l’on vit bien qu’il s’échauffait.

— C’est comme si vous me reprochiez, monseigneur, d’aller rue Planche-Mibray chercher moi-même le cidre que boit M. Loret quand il vient dîner à la maison.

— Loret boit du cidre chez moi? s’écria Fouquet en riant.

— Eh! oui, monsieur, eh! oui, voilà pourquoi il dîne chez vous avec plaisir.

— Vatel, s’écria Fouquet en serrant la main de son maître d’hôtel, vous êtes un homme! Je vous remercie, Vatel, d’avoir compris que chez moi M. de La Fontaine, M. Conrart et M. Loret sont autant que des ducs et des pairs, autant que des princes, plus que moi. Vatel, vous êtes un bon serviteur, et je double vos honoraires.