Vatel ne remercia même pas; il haussa légèrement les épaules en murmurant ce mot superbe:
— Être remercié pour avoir fait son devoir, c’est humiliant.
— Il a raison, dit Gourville en attirant l’attention de Fouquet sur un autre point par un seul geste.
Il lui montrait en effet un chariot de forme basse, traîné par deux chevaux, sur lequel s’agitaient deux potences toutes ferrées, liées l’une à l’autre et dos à dos par des chaînes; tandis qu’un archer, assis sur l’épaisseur de la poutre, soutenait, tant bien que mal, la mine un peu basse, les commentaires d’une centaine de vagabonds qui flairaient la destination de ces potences et les escortaient jusqu’à l’Hôtel de Ville. Fouquet tressaillit.
— C’est décidé, voyez-vous, dit Gourville.
— Mais ce n’est pas fait, répliqua Fouquet.
— Oh! ne vous abusez pas, monseigneur; si l’on a ainsi endormi votre amitié, votre défiance, si les choses en sont là, vous ne déferez rien.
— Mais je n’ai pas ratifié, moi.
— M. de Lyonne aura ratifié pour vous.
— Je vais au Louvre.