— Encore un mot, s’écria Pellisson: n’allez chez cette dame qu’en revenant de la Conciergerie, par grâce!

— Eh! cinq minutes, Pellisson, répliqua Fouquet en descendant au perron même de l’hôtel.

Pellisson demeura au fond du carrosse, le sourcil froncé.

Fouquet monta chez la marquise, dit son nom au valet, ce qui excita un empressement et des respects qui témoignaient de l’habitude que la maîtresse de la maison avait prise de faire respecter et aimer ce nom chez elle.

— Monsieur le surintendant! s’écria la marquise en s’avançant fort pâle au devant de Fouquet. Quel honneur! quel imprévu! dit-elle. Puis tout bas:

— Prenez garde! ajouta la marquise, Marguerite Vanel est chez moi.

— Madame, répondit Fouquet troublé, je venais pour affaires... Un seul mot pressant.

Et il entra dans le salon.

Mme Vanel s’était levée plus pâle, plus livide que l’Envie elle-même.

Fouquet lui adressa vainement un salut des plus charmants, des plus pacifiques; elle n’y répondit que par un coup d’œil terrible, lancé sur la marquise et sur Fouquet. Ce regard acéré d’une femme jalouse est un stylet qui trouve le défaut de toutes les cuirasses; Marguerite Vanel plongea du coup dans le cœur des deux confidents. Elle fit une révérence à son amie, une plus profonde à Fouquet, et prit congé, en prétextant un grand nombre de visites à faire avant que la marquise, interdite, ni Fouquet, saisi d’inquiétude, eussent songé à la retenir. À peine fut-elle partie, que Fouquet, resté seul avec la marquise, se mit à ses genoux sans dire un mot.