— Mon cher neveu, répliqua Madame en riant, permettez-moi de vous dire que, cette fois, votre science divinatoire est en défaut. La personne que vous louez ainsi n’est point une Parisienne, mais une Blésoise.

— Ah! ma tante! reprit le roi avec l’air du doute.

— Approchez, Louise, dit Madame.

Et la jeune fille qui déjà nous est apparue sous ce nom s’approcha, timide, rougissante et presque courbée sous le regard royal.

— Mlle Louise-Françoise de La Baume Le Blanc, fille du marquis de La Vallière, dit cérémonieusement Madame au roi.

La jeune fille s’inclina avec tant de grâce au milieu de cette timidité profonde que lui inspirait la présence du roi, que celui-ci perdit en la regardant quelques mots de la conversation du cardinal et de Monsieur.

— Belle-fille, continua Madame, de M. de Saint-Remy, mon maître d’hôtel, qui a présidé à la confection de cette excellente daube truffée que Votre Majesté a si fort appréciée.

Il n’y avait point de grâce, de beauté ni de jeunesse qui pût résister à une pareille présentation. Le roi sourit. Que les paroles de Madame fussent une plaisanterie ou une naïveté, c’était, en tout cas, l’immolation impitoyable de tout ce que Louis venait de trouver charmant et poétique dans la jeune fille.

Mlle de La Vallière, pour Madame, et par contrecoup pour le roi, n’était plus momentanément que la belle-fille d’un homme qui avait un talent supérieur sur les dindes truffées.

Mais les princes sont ainsi faits. Les dieux aussi étaient comme cela dans l’Olympe. Diane et Vénus devaient bien maltraiter la belle Alcmène et la pauvre Io, quand on descendait par distraction à parler, entre le nectar et l’ambroisie, de beautés mortelles à la table de Jupiter.