— Je ne vous le dirai pas, n’ayant pas pu le voir; mon poste m’avait été désigné dans le jardin, et je suis resté à mon poste; seulement, on est venu me raconter l’affaire. J’avais ordre, la chose une fois finie, de venir vous annoncer en toute hâte de quelle façon elle était finie. Selon l’ordre, je suis parti au galop, et me voilà.

— Très bien, monsieur, nous n’avons pas autre chose à demander de vous, dit l’abbé, de plus en plus atterré à mesure qu’approchait le moment d’aborder son frère seul à seul.

— On vous a payé? demanda Gourville.

— Un acompte, monsieur, répondit Danicamp.

— Voilà vingt pistoles. Allez, monsieur, et n’oubliez pas de toujours défendre, comme cette fois, les véritables intérêts du roi.

— Oui, monsieur, dit l’homme en s’inclinant et en serrant l’argent dans sa poche.

Après quoi il sortit.

À peine fut-il dehors que Fouquet, qui était resté immobile, s’avança d’un pas rapide et se trouva entre l’abbé et Gourville. Tous deux ouvrirent en même temps la bouche pour parler.

— Pas d’excuses! dit-il, pas de récriminations contre qui que ce soit. Si je n’eusse pas été un faux ami, je n’eusse confié à personne le soin de délivrer Lyodot et d’Eymeris. C’est moi seul qui suis coupable, à moi seul donc les reproches et les remords. Laissez-moi, l’abbé.

— Cependant, monsieur, vous n’empêcherez pas, répondit celui-ci, que je ne fasse rechercher le misérable qui s’est entremis pour le service de M. Colbert dans cette partie si bien préparée; car, s’il est d’une bonne politique de bien aimer ses amis, je ne crois pas mauvaise celle qui consiste à poursuivre ses ennemis d’une façon acharnée.