— Trêve de politique, l’abbé; sortez, je vous prie, et que je n’entende plus parler de vous jusqu’à nouvel ordre; il me semble que nous avons besoin de beaucoup de silence et de circonspection. Vous avez un terrible exemple devant vous. Messieurs, pas de représailles, je vous le défends.
— Il n’y a pas d’ordres, grommela l’abbé, qui m’empêchent de venger sur un coupable l’affront fait à ma famille.
— Et moi, s’écria Fouquet de cette voix impérative à laquelle on sent qu’il n’y a rien à répondre, si vous avez une pensée, une seule, qui ne soit pas l’expression absolue de ma volonté, je vous ferai jeter à la Bastille deux heures après que cette pensée se sera manifestée. Réglez-vous là-dessus, l’abbé.
L’abbé s’inclina en rougissant.
Fouquet fit signe à Gourville de le suivre, et déjà se dirigeait vers son cabinet, lorsque l’huissier annonça d’une voix haute:
— M. le chevalier d’Artagnan.
— Qu’est-ce? fit négligemment Fouquet à Gourville.
— Un ex-lieutenant des mousquetaires de Sa Majesté, répondit Gourville sur le même ton.
Fouquet ne prit pas même la peine de réfléchir et se remit à marcher.
— Pardon, monseigneur! dit alors Gourville; mais, je réfléchis, ce brave garçon a quitté le service du roi, et probablement vient-il toucher un quart de pension quelconque.