— Au diable! dit Fouquet; pourquoi prend-il si mal son temps?

— Permettez, monseigneur, que je lui dise un mot de refus alors; car il est de ma connaissance, et c’est un homme qu’il vaut mieux, dans les circonstances où nous nous trouvons, avoir pour ami que pour ennemi.

— Répondez tout ce que vous voudrez, dit Fouquet.

— Eh! mon Dieu! dit l’abbé plein de rancune, comme un homme d’Église, répondez qu’il n’y a pas d’argent, surtout pour les mousquetaires.

Mais l’abbé n’avait pas plutôt lâché ce mot imprudent, que la porte entrebâillée s’ouvrit tout à fait et que d’Artagnan parut.

— Eh! monsieur Fouquet, dit-il, je le savais bien, qu’il n’y avait pas d’argent pour les mousquetaires. Aussi je ne venais point pour m’en faire donner, mais bien pour m’en faire refuser. C’est fait, merci. Je vous donne le bonjour et vais en chercher chez M. Colbert.

Et il sortit après un salut assez leste.

— Gourville, dit Fouquet, courez après cet homme et me le ramenez.

Gourville obéit et rejoignit d’Artagnan sur l’escalier. D’Artagnan, entendant des pas derrière lui, se retourna et aperçut Gourville.

— Mordioux! mon cher monsieur, dit-il, ce sont de tristes façons que celles de messieurs vos gens de finances; je viens chez M. Fouquet pour toucher une somme ordonnancée par Sa Majesté, et l’on m’y reçoit comme un mendiant qui vient pour demander une aumône, ou comme un filou qui vient pour voler une pièce d’argenterie.