Aussi à ceci:

— Mais il me semble que j’ai assez vivement dégainé et assez proprement estocadé sur la place de Grève pour être rassuré sur ma bravoure.

D’Artagnan s’était répondu à lui-même.

— Tout beau, capitaine! ceci n’est point une réponse. J’ai été brave ce jour-là parce qu’on brûlait ma maison, et il y a cent et même mille à parier contre un que, si ces messieurs de l’émeute n’eussent pas eu cette malencontreuse idée, leur plan d’attaque eût réussi, ou du moins ce n’eût point été moi qui m’y fusse opposé.

«Maintenant, que va-t-on tenter contre moi? Je n’ai pas de maison à brûler en Bretagne; je n’ai pas de trésor qu’on puisse m’enlever.

«Non! mais j’ai ma peau; cette précieuse peau de M. d’Artagnan, qui vaut toutes les maisons et tous les trésors du monde; cette peau à laquelle je tiens par-dessus tout parce qu’elle est, à tout prendre, la reliure d’un corps qui renferme un cœur très chaud et très satisfait de battre, et par conséquent de vivre.

«Donc, je désire vivre, et en réalité je vis bien mieux, bien plus complètement, depuis que je suis riche. Qui diable disait que l’argent gâtait la vie? Il n’en est rien, sur mon âme! il semble, au contraire, que maintenant j’absorbe double quantité d’air et de soleil. Mordioux! que sera-ce donc si je double encore cette fortune, et si, au lieu de cette badine que je tiens en ma main, je porte jamais le bâton de maréchal?

«Alors je ne sais plus s’il y aura, à partir de ce moment-là, assez d’air et de soleil pour moi.

«Au fait, ce n’est pas un rêve; qui diable s’opposerait à ce que le roi me fît duc et maréchal, comme son père, le roi Louis XIII, a fait duc et connétable Albert de Luynes? Ne suis-je pas aussi brave et bien autrement intelligent que cet imbécile de Vitry?

«Ah! voilà justement ce qui s’opposera à mon avancement; j’ai trop d’esprit.