«Heureusement, s’il y a une justice en ce monde, la fortune en est avec moi aux compensations. Elle me doit, certes, une récompense pour tout ce que j’ai fait pour Anne d’Autriche et un dédommagement pour tout ce qu’elle n’a point fait pour moi.
«Donc, à l’heure qu’il est, me voilà bien avec un roi, et avec un roi qui a l’air de vouloir régner.
«Dieu le maintienne dans cette illustre voie! Car s’il veut régner, il a besoin de moi, et s’il a besoin de moi, il faudra bien qu’il me donne ce qu’il m’a promis. Chaleur et lumière. Donc, je marche, comparativement, aujourd’hui, comme je marchais autrefois, de rien à tout.
«Seulement, le rien aujourd’hui, c’est le tout d’autrefois; il n’y a que ce petit changement dans ma vie.
«Et maintenant, voyons! faisons la part du cœur, puisque j’en ai parlé tout à l’heure.
«Mais, en vérité, je n’en ai parlé que pour mémoire.
Et le Gascon appuya la main sur sa poitrine, comme s’il y eût cherché effectivement la place du cœur.
— Ah! malheureux! murmura-t-il en souriant avec amertume. Ah! pauvre espèce! tu avais espéré un instant n’avoir pas de cœur, et voilà que tu en as un, courtisan manqué que tu es, et même un des plus séditieux.
«Tu as un cœur qui te parle en faveur de M. Fouquet.
«Qu’est-ce que M. Fouquet, cependant, lorsqu’il s’agit du roi? Un conspirateur, un véritable conspirateur, qui ne s’est même pas donné la peine de te cacher qu’il conspirait; aussi, quelle arme n’aurais-tu pas contre lui, si sa bonne grâce et son esprit n’eussent pas fait un fourreau à cette arme.