— Bon! dit d’Artagnan; voici bien les lettres assemblées; mais comment tiennent-elles?
Et il versa un second verre de vin à son hôte. M. Jupenet sourit en homme qui a réponse à tout; puis il tira, de sa poche toujours, une petite règle de métal, composée de deux parties assemblées en équerre, sur laquelle il réunit et aligna les caractères en les maintenant sous son pouce gauche.
— Et comment appelle-t-on cette petite règle de fer? dit d’Artagnan; car enfin tout cela doit avoir un nom.
— Cela s’appelle un composteur, dit Jupenet. C’est à l’aide de cette règle que l’on forme les lignes.
— Allons, allons, je maintiens ce que j’ai dit; vous avez une presse dans votre poche, dit d’Artagnan en riant d’un air de simplicité si lourde, que le poète fut complètement sa dupe.
— Non, répliqua-t-il, mais je suis paresseux pour écrire, et quand j’ai fait un vers dans ma tête, je le compose tout de suite pour l’imprimerie. C’est une besogne dédoublée.
«Mordioux! pensa en lui-même d’Artagnan, il s’agit d’éclaircir cela.»
Et sous un prétexte qui n’embarrassa pas le mousquetaire, homme fertile en expédients, il quitta la table, descendit l’escalier, courut au hangar sous lequel était le petit chariot, fouilla avec la pointe de son poignard l’étoffe et les enveloppes d’un des paquets, qu’il trouva plein de caractères de fonte pareils à ceux que le poète imprimeur avait dans sa poche.
«Bien! dit d’Artagnan, je ne sais point encore si M. Fouquet veut fortifier matériellement Belle-Île; mais voilà, en tout cas, des munitions spirituelles pour le château.»
Puis, riche de cette découverte, il revint se mettre à table.