— Ah çà! vous n’avez point besoin d’argent? dit Porthos en faisant sonner une cinquantaine de louis que renfermait son gousset. Auquel cas, vous savez...
— Non, je n’ai besoin de rien; j’ai placé mes économies chez Planchet, qui m’en sert la rente.
— Vos économies?
— Sans doute, dit d’Artagnan; pourquoi voulez-vous que je n’aie pas fait mes économies comme un autre, Porthos?
— Moi! je ne veux pas cela; au contraire, je vous ai toujours soupçonné... c’est-à-dire Aramis vous a toujours soupçonné d’avoir des économies. Moi, voyez-vous, je ne me mêle pas des affaires de ménage; seulement, ce que je présume, c’est que des économies de mousquetaire, c’est léger.
— Sans doute, relativement à vous, Porthos, qui êtes millionnaire; mais enfin je vais vous en faire juge. J’avais d’une part vingt-cinq mille livres.
— C’est gentil, dit Porthos d’un air affable.
— Et, continua d’Artagnan, j’y ai ajouté, le 25 du mois dernier, deux cents autres mille livres.
Porthos ouvrit des yeux énormes, qui demandaient éloquemment au mousquetaire: «où diable avez-vous volé une pareille somme, cher ami?»
— Deux cent mille livres! s’écria-t-il enfin.