Porthos ramassa son plan, le plia avec soin et l’engouffra dans sa large poche.

— Bon! dit à part d’Artagnan, je crois que je sais maintenant quel est le véritable ingénieur qui fortifie Belle-Île.

Deux heures après, à la marée montante, Porthos et d’Artagnan partaient pour Sarzeau.

Chapitre LXXI — Une procession à Vannes

La traversée de Belle-Île à Sarzeau se fit assez rapidement, grâce à l’un de ces petits corsaires dont on avait parlé à d’Artagnan pendant son voyage, et qui, taillés pour la course et destinés à la chasse, s’abritaient momentanément dans la rade de Locmaria, où l’un d’eux, avec le quart de son équipage de guerre, faisait le service entre Belle-Île et le continent.

D’Artagnan eut l’occasion de se convaincre cette fois encore que Porthos, bien qu’ingénieur et topographe, n’était pas profondément enfoncé dans les secrets d’État.

Sa parfaite ignorance, au reste, eût passé près de tout autre pour une savante dissimulation. Mais d’Artagnan connaissait trop bien tous les plis et replis de son Porthos pour ne pas y trouver un secret s’il y était, comme ces vieux garçons rangés et minutieux savent trouver, les yeux fermés, tel livre sur les rayons de la bibliothèque, telle pièce de linge dans un tiroir de leur commode.

Donc, s’il n’avait rien trouvé, ce rusé d’Artagnan, en roulant et en déroulant son Porthos, c’est qu’en vérité il n’y avait rien.

— Soit, dit d’Artagnan; j’en saurai plus à Vannes en une demi-heure que Porthos n’en a su à Belle-Île en deux mois. Seulement, pour que je sache quelque chose, il importe que Porthos n’use pas du seul stratagème dont je lui laisse la disposition. Il faut qu’il ne prévienne point Aramis de mon arrivée.

Tous les soins du mousquetaire se bornèrent donc pour le moment à surveiller Porthos.