Et, hâtons-nous de le dire, Porthos ne méritait pas cet excès de défiance. Porthos ne songeait aucunement à mal.

Peut-être, à la première vue, d’Artagnan lui avait-il inspiré un peu de défiance; mais presque aussitôt d’Artagnan avait reconquis dans ce bon et brave cœur la place qu’il y avait toujours occupée, et pas le moindre nuage n’obscurcissait le gros œil de Porthos se fixant de temps en temps avec tendresse sur son ami.

En débarquant, Porthos s’informa si ses chevaux l’attendaient, et en effet, il les aperçut bientôt à la croix du chemin qui tourne autour de Sarzeau et qui, sans traverser cette petite ville, aboutit à Vannes. Ces chevaux étaient au nombre de deux: celui de M. de Vallon et celui de son écuyer.

Car Porthos avait un écuyer depuis que Mousqueton n’usait plus que du chariot comme moyen de locomotion.

D’Artagnan s’attendait à ce que Porthos proposât d’envoyer en avant son écuyer sur un cheval pour en ramener un autre, et il se promettait, lui, d’Artagnan, de combattre cette proposition. Mais rien de ce que présumait d’Artagnan n’arriva. Porthos ordonna tout simplement au serviteur de mettre pied à terre et d’attendre son retour à Sarzeau pendant que d’Artagnan monterait son cheval.

Ce qui fut fait.

— Eh! mais vous êtes homme de précaution, mon cher Porthos, dit d’Artagnan à son ami lorsqu’il se trouva en selle sur le cheval de l’écuyer.

— Oui; mais c’est une gracieuseté d’Aramis. Je n’ai pas mes équipages ici. Aramis a donc mis ses écuries à ma disposition.

— Bons chevaux, mordioux! pour des chevaux d’évêque, dit d’Artagnan. Il est vrai qu’Aramis est un évêque tout particulier.

— C’est un saint homme, répondit Porthos d’un ton presque nasillard et en levant les yeux au ciel.