D’Artagnan, comme Antée, n’a fait que toucher la terre, et il se retourne vers Porthos tout prêt à se fâcher.

Mais il n’y a pas à se tromper à l’intention du brave hercule: c’est un sentiment de bienséance religieuse qui le pousse. D’ailleurs, la parole, chez Porthos, au lieu de déguiser la pensée, la complète toujours.

— C’est fort gentil à lui, dit-il, de nous avoir donné comme cela une bénédiction, à nous tout seuls. Décidément, c’est un saint homme et un brave homme.

Moins convaincu que Porthos, d’Artagnan ne répondit pas.

— Voyez, cher ami, continua Porthos, il nous a vus, et au lieu de continuer à marcher au simple pas de procession, comme tout à l’heure, voilà qu’il se hâte. Voyez-vous comme le cortège double sa vitesse? Il est pressé de nous voir et de nous embrasser, ce cher Aramis.

— C’est vrai, répondit d’Artagnan tout haut.

Puis tout bas:

— Toujours est-il qu’il m’a vu, le renard, et qu’il aura le temps de se préparer à me recevoir.

Mais la procession est passée; le chemin est libre.

D’Artagnan et Porthos marchèrent droit au palais épiscopal, qu’une foule nombreuse entourait pour voir rentrer le prélat.