— Je n’ai jamais vu M. Fouquet, répondit Aramis avec un regard aussi calme et aussi pur que celui d’une jeune vierge qui n’a jamais menti.

— Mais, répliqua d’Artagnan, quand vous l’eussiez vu et même connu, il n’y aurait point de mal à cela; c’est un fort brave homme que M. Fouquet.

— Ah!

— Un grand politique.

Aramis fit un geste d’indifférence.

— Un tout-puissant ministre.

— Je ne relève que du roi et du pape, dit Aramis.

— Dame! écoutez donc, dit d’Artagnan du ton le plus naïf, je vous dis cela, moi, parce que tout le monde ici jure par M. Fouquet. La plaine est à M. Fouquet, les salines que j’ai achetées sont à M. Fouquet, l’île dans laquelle Porthos s’est fait topographe est à M. Fouquet, la garnison est à M. Fouquet, les galères sont à M. Fouquet. J’avoue donc que rien ne m’eût surpris dans votre inféodation, ou plutôt dans celle de votre diocèse, m. Fouquet. C’est un autre maître que le roi, voilà tout, mais aussi puissant qu’un roi.

— Dieu merci! je ne suis inféodé à personne; je n’appartiens à personne et suis tout à moi, répondit Aramis, qui, pendant cette conversation, suivait de l’œil chaque geste de d’Artagnan, chaque clin d’œil de Porthos.

Mais d’Artagnan était impassible et Porthos immobile; les coups portés habilement étaient parés par un habile adversaire; aucun ne toucha.