— Hélas! voilà un grand malheur pour moi, dit Malicorne en pâlissant légèrement, un grand malheur, monsieur le comte.

— Mais qui n’est pas sans remède, j’espère, répondit de Guiche.

— Pardieu! s’écria de Wardes, le remède est tout trouvé; on vous fera gentilhomme, mon cher monsieur: Son Éminence le cardinal Mazarini ne faisait pas autre chose du matin au soir.

— Paix, paix, de Wardes! dit le comte, pas de mauvaise plaisanterie; ce n’est point entre nous qu’il convient de plaisanter de la sorte; la noblesse peut s’acheter, c’est vrai, mais c’est un assez grand malheur pour que les nobles n’en rient pas.

— Ma foi! tu es bien puritain, comme disent les Anglais.

— M. le vicomte de Bragelonne, annonça un valet dans la cour, comme il eût fait dans un salon.

— Ah! cher Raoul, viens, viens donc. Tout botté aussi! tout éperonné aussi! Tu pars donc?

Bragelonne s’approcha du groupe de jeunes gens, et salua de cet air grave et doux qui lui était particulier. Son salut s’adressa surtout à de Wardes, qu’il ne connaissait point, et dont les traits s’étaient armés d’une étrange froideur en voyant apparaître Raoul.

— Mon ami, dit-il à de Guiche, je viens te demander ta compagnie. Nous partons pour Le Havre, je présume?

— Ah! c’est au mieux! c’est charmant! Nous allons faire un merveilleux voyage. Monsieur Malicorne, M. de Bragelonne. Ah! M. de Wardes, que je te présente.