— Nous n’avons peur de rien, répondit de Guiche.

— Alors, venez, mes gentilshommes.

Le pilote s’approcha du bord, et l’un après l’autre, avec une légèreté pareille, les deux jeunes gens sautèrent dans le bateau.

— Allons, courage, enfants, dit de Guiche; il y a encore vingt pistoles dans cette bourse, et si nous atteignons le vaisseau amiral, elles sont à vous.

Aussitôt les rameurs se courbèrent sur leurs rames, et la barque bondit sur la cime des flots.

Tout le monde avait pris intérêt à ce départ si hasardé; la population du Havre se pressait sur les jetées: il n’y avait pas un regard qui ne fût pour la barque.

Parfois, la frêle embarcation demeurait un instant comme suspendue aux crêtes écumeuses, puis tout à coup elle glissait au fond d’un abîme mugissant, et semblait être précipitée. Néanmoins, après une heure de lutte, elle arriva dans les eaux du vaisseau amiral, dont se détachaient déjà deux embarcations destinées à venir à son aide.

Sur le gaillard d’arrière du vaisseau amiral, abritées par un dais de velours et d’hermine que soutenaient de puissantes attaches, Madame Henriette douairière et la jeune Madame, ayant auprès d’elles l’amiral comte de Norfolk, regardaient avec terreur cette barque tantôt enlevée au ciel, tantôt engloutie jusqu’aux enfers, contre la voile sombre de laquelle brillaient, comme deux lumineuses apparitions, les deux nobles figures des deux gentilshommes français.

L’équipage, appuyé sur les bastingages et grimpé dans les haubans, applaudissait à la bravoure de ces deux intrépides, à l’adresse du pilote et à la force des matelots.

Un hourra de triomphe accueillit leur arrivée à bord. Le comte de Norfolk, beau jeune homme de vingt-six à vingt-huit ans, s’avança au-devant d’eux.