De Guiche et Bragelonne montèrent lestement l’escalier de tribord, et conduits par le comte de Norfolk, qui reprit sa place auprès d’elles, ils vinrent saluer les princesses.
Le respect, et surtout une certaine crainte dont il ne se rendait pas compte, avaient empêché jusque-là le comte de Guiche de regarder attentivement la jeune Madame.
Celle-ci, au contraire, l’avait distingué tout d’abord et avait demandé à sa mère:
— N’est-ce point Monsieur que nous apercevons sur cette barque?
Madame Henriette, qui connaissait Monsieur mieux que sa fille, avait souri à cette erreur de son amour-propre et avait répondu:
— Non, c’est M. de Guiche, son favori, voilà tout.
À cette réponse, la princesse avait été forcée de contenir l’instinctive bienveillance provoquée par l’audace du comte. Ce fut au moment où la princesse faisait cette question que de Guiche, osant enfin lever les yeux sur elle, put comparer l’original au portrait.
Lorsqu’il vit ce visage pâle, ces yeux animés, ces adorables cheveux châtains, cette bouche frémissante et ce geste si éminemment royal qui semblait remercier et encourager tout à la fois, il fut saisi d’une telle émotion, que, sans Raoul, qui lui prêta son bras, il eût chancelé.
Le regard étonné de son ami, le geste bienveillant de la reine, rappelèrent de Guiche à lui.
En peu de mots, il expliqua sa mission, dit comment il était l’envoyé de Monsieur, et salua, selon leur rang et les avances qu’ils lui firent, l’amiral et les différents seigneurs anglais qui se groupaient autour des princesses.