— Attendez, car j’ajouterai un mot. J’espère être le seul parmi les Français qui l’ait deviné.
— Mais, savez-vous, monsieur, dit Buckingham frissonnant de colère et d’inquiétude à la fois, savez-vous que vous tenez là un langage qui mérite répression?
— Pesez vos paroles, milord, dit Raoul avec hauteur; je ne suis pas d’un sang dont les vivacités se laissent réprimer; tandis qu’au contraire, vous, vous êtes d’une race dont les passions sont suspectes aux bons Français; je vous le répète donc pour la seconde fois, prenez garde, milord.
— À quoi, s’il vous plaît? Me menaceriez-vous?
— Je suis le fils du comte de La Fère, monsieur de Buckingham, et je ne menace jamais, parce que je frappe d’abord. Ainsi, entendons-nous bien, la menace que je vous fais, la voici…
Buckingham serra les poings; mais Raoul continua comme s’il ne s’apercevait de rien.
— Au premier mot hors des bienséances que vous vous permettrez envers Son Altesse Royale. Oh! soyez patient, monsieur de Buckingham; je le suis bien moi.
— Vous?
— Sans doute. Tant que Madame a été sur le sol anglais, je me suis tu; mais, à présent qu’elle a touché au sol de la France, maintenant que nous l’avons reçue au nom du prince, à la première insulte que, dans votre étrange attachement, vous commettrez envers la maison royale de France, j’ai deux partis à prendre: ou je déclare devant tous la folie dont vous êtes affecté en ce moment, et je vous fais renvoyer honteusement en Angleterre; ou, si vous le préférez, je vous donne du poignard dans la gorge en pleine assemblée. Au reste, ce second moyen me paraît le plus convenable, et je crois que je m’y tiendrai.
Buckingham était devenu plus pâle que le flot de dentelle d’Angleterre qui entourait son cou.