— Monsieur de Bragelonne, dit-il, est-ce bien un gentilhomme qui parle?

— Oui; seulement, ce gentilhomme parle à un fou. Guérissez, milord, et il vous tiendra un autre langage.

— Oh! mais, monsieur de Bragelonne, murmura le duc d’une voix étranglée et en portant la main à son cou, vous voyez bien que je me meurs!

— Si la chose arrivait en ce moment, monsieur, dit Raoul avec son inaltérable sang-froid, je regarderais en vérité cela comme un grand bonheur, car cet événement préviendrait toutes sortes de mauvais propos sur votre compte et sur celui des personnes illustres que votre dévouement compromet si follement.

— Oh! vous avez raison, vous avez raison, dit le jeune homme éperdu; oui, oui, mourir! oui, mieux vaut mourir que souffrir ce que je souffre en ce moment.

Et il porta la main sur un charmant poignard au manche tout garni de pierreries qu’il tira à moitié de sa poitrine.

Raoul lui repoussa la main.

— Prenez garde, monsieur, dit-il; si vous ne vous tuez pas, vous faites un acte ridicule, si vous vous tuez, vous tachez de sang la robe nuptiale de la princesse d’Angleterre.

Buckingham demeura une minute haletant. Pendant cette minute, on vit ses lèvres trembler, ses joues frémir, ses yeux vaciller, comme dans le délire.

Puis, tout à coup: