— Monsieur, monsieur! s’écria de Wardes, prenez garde! Si vous ne me rendez pas raison sur-le-champ, tous les moyens me seront bons pour me venger!
— Oh! Oh! monsieur! fit Buckingham en apparaissant tout à coup sur le théâtre de la scène, voilà une menace qui frise l’assassinat, et qui, par conséquent, est d’assez mauvais goût pour un gentilhomme.
— Vous dites, monsieur le duc? dit de Wardes en se retournant.
— Je dis que vous venez de prononcer des paroles qui sonnent mal à mes oreilles anglaises.
— Eh bien! monsieur, si ce que vous dites est vrai, s’écria de Wardes exaspéré, tant mieux! je trouverai au moins en vous un homme qui ne me glissera pas entre les doigts. Prenez donc mes paroles comme vous l’entendez.
— Je les prends comme il faut, monsieur, répondit Buckingham avec ce ton hautain qui lui était particulier et qui donnait, même dans la conversation ordinaire, le ton de défi à ce qu’il disait; M. de Bragelonne est mon ami, vous insultez M. de Bragelonne, vous me rendrez raison de cette insulte.
De Wardes jeta un regard sur Bragelonne, qui, fidèle à son rôle, demeurait calme et froid, même devant le défi du duc.
— Et d’abord, il paraît que je n’insulte pas M. de Bragelonne, puisque M. de Bragelonne, qui a une épée au côté, ne se regarde pas comme insulté.
— Mais, enfin, vous insultez quelqu’un?
— Oui, j’insulte M. d’Artagnan, reprit de Wardes, qui avait remarqué que ce nom était le seul aiguillon avec lequel il pût éveiller la colère de Raoul.