— Ne vous inquiétez point, répondit Raoul avec une sourde colère; M. d’Artagnan est un habile homme en fait d’armes et je lui demanderai cette grâce qu’il fasse pour vous ce qu’il a fait pour monsieur votre père, c’est-à-dire qu’il ne vous tue pas tout à fait, afin qu’il me laisse le plaisir, quand vous serez guéri, de vous tuer sérieusement, car vous êtes un méchant cœur, monsieur de Wardes, et l’on ne saurait, en vérité, prendre trop de précautions contre vous.

— Monsieur, j’en prendrai contre vous-même, dit de Wardes, soyez tranquille.

— Monsieur, fit Buckingham, permettez-moi de traduire vos paroles par un conseil que je vais donner à M. de Bragelonne: monsieur de Bragelonne, portez une cuirasse.

De Wardes serra les poings.

— Ah! je comprends, dit-il, ces messieurs attendent le moment où ils auront pris cette précaution pour se mesurer contre moi.

— Allons! monsieur, dit Raoul, puisque vous le voulez absolument, finissons-en.

Et il fit un pas vers de Wardes en étendant son épée.

— Que faites-vous? demanda Buckingham.

— Soyez tranquille, dit Raoul, ce ne sera pas long.

De Wardes tomba en garde: les fers se croisèrent. De Wardes s’élança avec une telle précipitation sur Raoul, qu’au premier froissement du fer, il fut évident pour Buckingham que Raoul ménageait son adversaire.