Buckingham recula d’un pas et regarda la lutte. Raoul était calme comme s’il eût joué avec un fleuret, au lieu de jouer avec une épée; il dégagea son arme engagée jusqu’à la poignée en faisant un pas de retraite, para avec des contres les trois ou quatre coups que lui porta de Wardes; puis, sur une menace en quarte basse que de Wardes para par le cercle, il lia l’épée et l’envoya à vingt pas de l’autre côté de la barrière.
Puis, comme de Wardes demeurait désarmé et étourdi, Raoul remit son épée au fourreau, le saisit au collet et à la ceinture et le jeta de l’autre côté de la barrière, frémissant et hurlant de rage.
— Au revoir! au revoir! murmura de Wardes en se relevant et en ramassant son épée.
— Eh! pardieu! dit Raoul, je ne vous répète pas autre chose depuis une heure.
Puis, se retournant vers Buckingham:
— Duc, dit-il, pas un mot de tout cela, je vous en supplie; je suis honteux d’en être venu à cette extrémité, mais la colère m’a emporté. Je vous en demande pardon, oubliez.
— Ah! cher vicomte, dit le duc en serrant cette main si rude et si loyale à la fois, vous me permettrez bien de me souvenir, au contraire, et de me souvenir de votre salut, cet homme est dangereux, il vous tuera.
— Mon père, répondit Raoul, a vécu vingt ans sous la menace d’un ennemi bien plus redoutable, et il n’est pas mort. Je suis d’un sang que Dieu favorise, monsieur le duc.
— Votre père avait de bons amis, vicomte.
— Oui, soupira Raoul, des amis comme il n’y en a plus.