— Eh! mon cher vicomte, d’où sortez-vous? dit le prince; mais ce sont les personnages secondaires qui, en pareille occasion, ont toute influence, et la preuve, c’est que presque tout s’est fait par la présentation de M. de Manicamp à de Guiche, et de Guiche à Monsieur.

— Eh bien! monseigneur, j’ignorais cela complètement, dit Raoul, et c’est une nouvelle que Votre Altesse me fait l’honneur de m’apprendre.

— Je veux bien vous croire, quoique ce soit incroyable, et d’ailleurs nous n’aurons pas longtemps à attendre: voici l’escadron volant qui s’avance, comme disait la bonne reine Catherine. Tudieu! les jolis visages!

Une troupe de jeunes filles s’avançait en effet dans la salle sous la conduite de Mme de Navailles, et nous devons le dire à l’honneur de Manicamp, si en effet il avait pris à cette élection la part que lui accordait le prince de Condé, c’était un coup d’œil fait pour enchanter ceux qui, comme M. le prince, étaient appréciateurs de tous les genres de beauté.

Une jeune femme blonde, qui pouvait avoir vingt à vingt et un ans, et dont les grands yeux bleus dégageaient en s’ouvrant des flammes éblouissantes, marchait la première et fut présentée la première.

— Mlle de Tonnay-Charente, dit à Monsieur la vieille Mme de Navailles.

Et Monsieur répéta en saluant Madame:

— Mlle de Tonnay-Charente.

— Ah! ah! celle-ci me paraît assez agréable, dit M. le prince en se retournant vers Raoul… Et d’une.

— En effet, dit Raoul, elle est jolie, quoiqu’elle ait l’air un peu hautain.