Mais cette fois il s’étudia à ne point donner au costume de M. Agnan cette rigidité bourgeoise et presque ecclésiastique qu’il affectait auparavant; il sut même, en se serrant davantage, en se boutonnant d’une certaine façon, en posant son feutre plus obliquement, rendre à sa personne un peu de cette tournure militaire dont l’absence avait effarouché Aramis. Cela fait, il en usa ou plutôt feignit d’en user sans façon avec son hôte, et entra tout à l’improviste dans son appartement. Aramis dormait ou feignait de dormir.
Un grand livre était ouvert sur son pupitre de nuit; la bougie brûlait encore au-dessus de son plateau d’argent.
C’était plus qu’il n’en fallait pour prouver à d’Artagnan l’innocence de la nuit du prélat et les bonnes intentions de son réveil.
Le mousquetaire fit précisément à l’évêque ce que l’évêque avait fait à Porthos.
Il lui frappa sur l’épaule.
Évidemment; Aramis feignait de dormir, car, au lieu de s’éveiller soudain, lui qui avait le sommeil si léger, il se fit réitérer l’avertissement.
— Ah! ah! c’est vous, dit-il en allongeant les bras. Quelle bonne surprise! Ma foi, le sommeil m’avait fait oublier que j’eusse le bonheur de vous posséder. Quelle heure est-il?
— Je ne sais, dit d’Artagnan un peu embarrassé. De bonne heure, je crois. Mais, vous le savez, cette diable d’habitude militaire de m’éveiller avec le jour me tient encore.
— Est-ce que vous voulez déjà que nous sortions, par hasard? demanda Aramis. Il est bien matin, ce me semble.
— Ce sera comme vous voudrez.