— Non, madame, dit vivement Buckingham, il n’est rien dans la cause de ma détermination qui soit secret. J’aime le séjour de France, j’aime une cour pleine de goût et de politesse; j’aime enfin, madame, ces plaisirs un peu sérieux qui ne sont pas les plaisirs de mon pays et qu’on trouve en France.

Anne d’Autriche sourit avec finesse.

— Les plaisirs sérieux! dit-elle; avez-vous bien réfléchi, monsieur de Buckingham, à ce sérieux-là?

Le duc balbutia.

— Il n’est pas de plaisir si sérieux, continua la reine, qui doive empêcher un homme de votre rang…

— Madame, interrompit le duc, Votre Majesté insiste beaucoup sur ce point, ce me semble.

— Vous trouvez, duc?

— C’est, n’en déplaise à Votre Majesté, la deuxième fois qu’elle vante les attraits de l’Angleterre aux dépens du charme qu’on éprouve à vivre en France.

Anne d’Autriche s’approcha du jeune homme, et, posant sa belle main sur son épaule qui tressaillit au contact:

— Monsieur, dit-elle, croyez-moi, rien ne vaut le séjour du pays natal. Il m’est arrivé, à moi, bien souvent, de regretter l’Espagne. J’ai vécu longtemps, milord, bien longtemps pour une femme, et je vous avoue qu’il ne s’est point passé d’année que je n’aie regretté l’Espagne.