— Que vous êtes cruelle, madame! dit-il.
— Vous voilà bien, Buckingham, dit Anne d’Autriche avec mélancolie, passant par tous les extrêmes et combattant les nuages, quand il vous serait si facile de demeurer en paix avec vous-même.
— Si nous guerroyons, madame; nous mourrons sur le champ de bataille, répliqua doucement le jeune homme en se laissant aller au plus douloureux abattement.
Anne courut à lui et lui prit la main.
— Villiers, dit-elle en anglais avec une véhémence à laquelle nul n’eût pu résister, que demandez-vous? À une mère, de sacrifier son fils; à une reine, de consentir au déshonneur de sa maison! Vous êtes un enfant, n’y pensez pas! Quoi! pour vous épargner une larme, je commettrais ces deux crimes, Villiers? Vous parlez des morts; les morts du moins furent respectueux et soumis; les morts s’inclinaient devant un ordre d’exil; ils emportaient leur désespoir comme une richesse en leur cœur, parce que le désespoir venait de la femme aimée, parce que la mort, ainsi trompeuse, était comme un don, comme une faveur.
Buckingham se leva les traits altérés, les mains sur le cœur.
— Vous avez raison, madame, dit-il; mais ceux dont vous parlez avaient reçu l’ordre d’exil d’une bouche aimée; on ne les chassait point: on les priait de partir, on ne riait pas d’eux.
— Non, l’on se souvenait! murmura Anne d’Autriche. Mais qui vous dit qu’on vous chasse, qu’on vous exile? Qui vous dit qu’on ne se souvienne pas de votre dévouement? Je ne parle pour personne, Villiers, je parle pour moi, partez! Rendez-moi ce service, faites-moi cette grâce; que je doive cela encore à quelqu’un de votre nom.
— C’est donc pour vous, madame?
— Pour moi seule.