— Eh bien! vous viendrez tard alors, dit la reine en essayant de sourire.
— Je ne reviendrai pas, dit tristement Buckingham, moi qui suis jeune.
— Oh! Dieu merci…
— La mort, madame, ne compte pas les années; elle est impartiale; on meurt quoique jeune, on vit quoique vieillard.
— Duc, pas de sombres idées; je vais vous égayer. Venez dans deux ans. Je vois sur votre charmante figure que les idées qui vous font si lugubre aujourd’hui seront des idées décrépites avant six mois; donc, elles seront mortes et oubliées dans le délai que je vous assigne.
— Je crois que vous me jugiez mieux tout à l’heure, madame, répliqua le jeune homme, quand vous disiez que, sur nous autres de la maison de Buckingham, le temps n’a pas de prise.
— Silence! oh! silence! fit la reine en embrassant le duc sur le front avec une tendresse qu’elle ne put réprimer; allez! allez! ne m’attendrissez point, ne vous oubliez plus! Je suis la reine, vous êtes sujet du roi d’Angleterre; le roi Charles vous attend; adieu, Villiers! farewell, Villiers!
— For ever! répliqua le jeune homme.
Et il s’enfuit en dévorant ses larmes. Anne appuya ses mains sur son front; puis, se regardant au miroir:
— On a beau dire, murmura-t-elle, la femme est toujours jeune; on a toujours vingt ans dans quelque coin du cœur.