— Alors, je ne vous comprends point; refusez.
— Non, Sire: j’aime Bragelonne de tout mon amour; il est épris de Mlle de La Vallière, il se forge des paradis pour l’avenir; je ne suis pas de ceux qui veulent briser les illusions de la jeunesse. Ce mariage me déplaît, mais je supplie Votre Majesté d’y consentir au plus vite, et de faire ainsi le bonheur de Raoul.
— Voyons, voyons, comte, l’aime-t-elle?
— Si Votre Majesté veut que je lui dise la vérité, je ne crois pas à l’amour de Mlle de La Vallière; elle est jeune, elle est enfant, elle est enivrée; le plaisir de voir la cour, l’honneur d’être au service de Madame, balanceront dans sa tête ce qu’elle pourrait avoir de tendresse dans le cœur, ce sera donc un mariage comme Votre Majesté en voit beaucoup à la cour; mais Bragelonne le veut; que cela soit ainsi.
— Vous ne ressemblez cependant pas à ces pères faciles qui se font esclaves de leurs enfants? dit le roi.
— Sire, j’ai de la volonté contre les méchants, je n’en ai point contre les gens de cœur. Raoul souffre, il prend du chagrin; son esprit, libre d’ordinaire, est devenu lourd et sombre; je ne veux pas priver Votre Majesté des services qu’il peut rendre.
— Je vous comprends, dit le roi, et je comprends surtout votre cœur.
— Alors, répliqua le comte, je n’ai pas besoin de dire à Votre Majesté que mon but est de faire le bonheur de ces enfants ou plutôt de cet enfant.
— Et moi, je veux, comme vous, le bonheur de M. de Bragelonne.
— Je n’attends plus, Sire, que la signature de Votre Majesté. Raoul aura l’honneur de se présenter devant vous, et recevra votre consentement.