— Monsieur le duc!
— Allons, cher monsieur de Wardes, puisque vous êtes si fort courroucé, prenez-moi pour quintaine. Je serai à Calais dans trente-quatre heures. Venez avec moi, la route nous paraîtra moins longue ensemble que séparés. Nous tirerons l’épée là-bas, sur le sable que couvre la marée, et qui, six heures par jour, est le territoire de la France, mais pendant six autres heures le territoire de Dieu.
— C’est bien, répliqua de Wardes; j’accepte.
— Pardieu! dit le duc, si vous me tuez, mon cher monsieur de Wardes, vous me rendrez, je vous en réponds, un signalé service.
— Je ferai ce que je pourrai pour vous être agréable, duc, dit de Wardes.
— Ainsi, c’est convenu, je vous emmène.
— Je serai à vos ordres. Pardieu! j’avais besoin pour me calmer d’un bon danger, d’un péril mortel.
— Eh bien! je crois que vous avez trouvé votre affaire. Serviteur, monsieur de Wardes; demain, au matin, mon valet de chambre vous dira l’heure précise du départ; nous voyagerons ensemble comme deux bons amis. Je voyage d’ordinaire en homme pressé. Adieu!
Buckingham salua de Wardes et rentra chez le roi. De Wardes, exaspéré, sortit du Palais-Royal et prit rapidement le chemin de la maison qu’il habitait.