— Parce que nous allons nous séparer, je le gagerais, M. de Bragelonne et moi, plus ennemis que jamais.

— Vous vous trompez quant à moi, monsieur, répondit Raoul, et je ne conserve pas contre vous un atome de fiel dans le cœur.

Ce dernier coup écrasa de Wardes. Il jeta les yeux autour de lui en homme égaré.

D’Artagnan salua gracieusement les gentilshommes qui avaient bien voulu assister à l’explication, et chacun se retira en lui donnant la main.

Pas une main ne se tendit vers de Wardes.

— Oh! s’écria le jeune homme succombant à la rage qui lui mangeait le cœur; oh! je ne trouverai donc personne sur qui je puisse me venger!

— Si fait, monsieur, car je suis là, moi, dit à son oreille une voix toute chargée de menaces.

De Wardes se retourna et vit le duc de Buckingham qui, resté sans doute dans cette intention, venait de s’approcher de lui.

— Vous, monsieur! s’écria de Wardes.

— Oui, moi. Je ne suis pas sujet du roi de France, moi, monsieur; moi, je ne reste pas sur le territoire, puisque je pars pour l’Angleterre. J’ai amassé aussi du désespoir et de la rage, moi. J’ai donc, comme vous, besoin de me venger sur quelqu’un. J’approuve fort les principes de M. d’Artagnan, mais je ne suis pas tenu de les appliquer à vous. Je suis Anglais, et je viens vous proposer à mon tour ce que vous avez inutilement proposé aux autres.